David Latini est également l’auteur de « J’ai les noms, hommage initiatique au clown Coluche », 2006, Ed. Talwegs. »Une jonglerie du Verbe sur le nom de Coluche , un autre regard sur ce Clown au trajet illuminant, un coup d’oeil furtif sur ce qui s’écrit en toutes lettres dans la marge de nos destinées »

Disponible ici , sur demande.

Ci dessous , quelques annexes de l’auteur , textes sur ou autour de la jonglerie.

Annexe 1

Très courtes remarques sur le Livre de la jongle .

Notes de l’auteur (2012)

1 Le Temps. Ce petit livre date de 1991. Il avait été précédé par 4 livrets faits maison s’intitulant « La Loi de La Jongle » , parodie des entretiens de Don Juan et Carlos Castaneda sur le mode jongleur.

2 Le Flou. Ce petit livre ne répond pas à la question posée en tête de gondole sur  » la place du jongleur dans l’architecture sociale etc… »  Je me reconnais bien là !

3 Le Rebond. Ce petit livre demandait un rebond ; il comportait un NOTA BENE en page 6, je le reproduis ici intégralement :

NOTA BENE

L’identité secrète est le premier volume du Livre de La Jongle. D’autres auteurs , d’autres jongleurs participeront à l’élaboration des volumes suivants , dans le souci permanent d’un rapprochement entre les multiples courants de la jongle et les voies traditionnelles de la Connaissance.

A tous, bonne lecture.

Ce rebond a été superbement rattrapé au vol par Frédéric Durand et Thierry Pavelak , citons :

« Le Corps jonglé , à la découverte du jongleur et de son langage gestuel ».

Puis le Rebond s’est faufilé en diverses mains , jusqu’à David Torondel , qui a mis en oeuvre la possibilité de lire librement ici-même ce « Livre de la Jongle 1, l’identité secrète du jongleur. ». Qu’il en soit à nouveau remercié !

 

4 Le Potager. Ce petit livre … est un petit livre. Ce n’est pas vraiment un potager verdoyant mais plutôt … un sac de graines ! A faire pousser soi-même.

 

David Latini (2012)

 

Annexe 2

Jonglerie du Verbe 

Enrico Rastelli

Dans l’univers de la jonglerie , un personnage , Enrico Rastelli  -issu d’une famille circassienne , né à Samara en Russie en 1896 , mort à Bergame en Italie en 1931 – mérite toute l’attention : il aurait porté la jonglerie à ses sommets.

Adrian, historien du cirque , consacre à Enrico Rastelli sept pages dans son petit livre « A vous les jongleurs » . Cet artiste a visiblement laissé une trace vibrante dans la mémoire de ceux qui l’ont vu en spectacle. « Sa disparition fit dans l’histoire du cirque un vide jamais comblé «  , apprend-t-on dans le livre d’Adrian. Vide dont on aimerait savoir en quoi il consiste exactement ! « Aussi la belle ombre de Rastelli plane-t-elle toujours sur le jonglerie » , dit encore Adrian.

Pour cet homme de cirque , les qualificatifs ne manquent pas: enchanteur , magnétisant , séduisant , facile dans sa jonglerie d’un niveau jamais atteint , d’une grâce jamais égalée , inoubliable. Henry Thétard , journaliste , dit de lui : « Il fait avec une perfection suprême , des exercices que l’on jugeait impossible avant lui … C’est l’homme maître de sa vitesse , de son élan, de son rythme , de son équilibre à un tel point qu’il semble un sylphe à peine matériel. » Adrian cite encore « notre grande dame de la littérature , Colette , qui a écrit que c’est en voyant travailler l’illustre jongleur Rastelli qu’elle s’aperçut que le cirque était rond. »

Objectivement , on constate qu’aucun jongleur moderne n’a déclenché ce qu’à déclenché Rastelli dans l’esprit de Colette , d’Henry Thétard et de tant d’autres spectateurs. Certes , il s’agit là d’un concept difficilement vérifiable , celui de l’intensité.

Quelques images filmées , deux minutes environ , ont survécu au temps ; on y voit un singe humain incroyablement rapide et bondissant. En regardant ces images , on commence à percevoir intuitivement ce fameux « vide jamais comblé ». Quel jongleur moderne peut actuellement tenir – seul – quarante minutes de jonglerie pure à un tel niveau , avec une telle densité de mouvement et une telle variété d’objets et de techniques ?

Il existe deux facteurs aggravant ce mystérieux vide jamais comblé . D’une part Rastelli enchantait les chroniqueurs et journalistes par son charisme , comme on peut le voir encore sur quelques photos : le flou de ses yeux a quelque chose d’irréel…D’autre part , sa mort en pleine gloire et dans l’exercice de son métier a eu pour effet de fixer l’auréole de gloire qui entoure encore aujourd’hui son nom sans retour possible ; c’est en jonglant qu’il perdit la vie.

Rituellement les spectateurs en final de son show lui lançaient des ballons qu’il rattrapait avec son stick buccal , en amorti . Une vingtaine de ballons partaient comme cela du public , et un par un , Enrico Rastelli les amortissait puis passait au suivant , en en loupant rarement. Mais un jour, un spectateur jeta trop brutalement son ballon ; l’amorti fut insuffisant et le stick lui perfora le palais. L’infection qui s’ensuivit dégénéra en septicémie , lui laissant trois jours de vie . Fin tragique d’Enrico Rastelli . Indicatif de mort extrémement puissant dans le cadre de notre jonglerie du Verbe : la vie de Rastelli a flambé au cours d’un final jonglé dans l’arène d’un cirque. Scénario hautement choisi pour une dramaturgie frissonnante : le maître de la jonglerie des objets tué par un de ses objets .

Soyons logique : puisqu’ici le principe est de pratiquer le pendant abstrait de la jonglerie , le jongleur Rastelli doit être passé aux rayons X de la jonglerie du Verbe. En écoutant le nom de ce jongleur , on entend comme des échos de son secret …

Déjà de Rastelli , on peut dire que dans la mémoire des hommes il resta .

Pourquoi ?

Parce qu’il est star . Amusant , non ?

Dans le nom de Rastelli on entend en latin : petit rateau.

En italien également ,avec le sens de portail , portillon.
Admettons que l’acte de ratissser ressemble à l’acte de jongler parce qu’il sous-entend d’attention à une surface , champs terrestre dans le jardinage , écran vertical dans la jonglerie.

Poussons le portail : Rastelli se transforme en l’astérie , charmant échinoderme pentagonal , la fameuse étoile de mer à cinq branches. En Haute-Symbolie , l’idée du 5 est celle d’un sommet dans la manifestation . La sagesse populaire dit que nous avons 5 sens , plus un sixième plus mystérieux , celui de l’intuition , de l’abstrait . Genèse nous le confirme : 5 jours pour la manifestation , un sixième pour la conscience -via l’humain- , un septième pour le repos et la semaine est bouclée .

Est dit jongleur celui qui sait manipuler 5 balles , m’a-t-on confié souvent « à l’ancienne ». Une complétude matérielle s’accomode bien de l’étiquette numérique cinq , comme les cinq doigts de la main , celle de l’astérie Rastelli ,  dont la jonglerie à 5 torches était impressionnante , rasant le sommet de toile du chapiteau…Sa mort au sommet de son art illustre cette numérique , celle de la complétude technique et matérielle , son emplacement propre. C’est là que son destin s’arrête. En pleine activité.

Poussons encore plus loin ces anagrammes : lettres de Scrabble en main , écrivons Rastelli. Mélangeons …. On obtient « Stellair » et « Reallist » deux indications totalement illuminées et polyglottes qui laissent entrevoir le fonds secret du talent de Rastelli , son ADN vu sous la forme du Sens : il connaissait l’équilibre entre la dimension stellaire et la pratique réaliste.

Sur cette balance jongleuse , un double sens s’exprime : l’aspiration stellaire illustre assez bien la mécanique céleste dont le jongleur recrée l’image : dans la cosmos comme dans la jonglerie , la rotondité des formes , des mouvements et des trajectoires fait loi. D’autre part , le réalisme définit parfaitement l’exigence technique , le jugement par l’objet qu’impose cette discipline. Une donnée très terre-à-terre qui oblige à se baisser souvent.

Sans le réalisme de la technique, pas de spectacle stellaire . De manière inverse , sans aspiration stellaire , la manipulation pure , la technique parfaite restera une demi-jonglerie ; et c’est précisèment ici que Rastelli est un jongleur miraculeux. Sur la balance de son talent , l’aspect stellaire, inspiré , léger , sylphe immatériel , est égal à l’aspect purement réaliste , technique de sa prestation.

Voici donc l’ordre donné en jonglant le nom du maître des jongleurs de la haute époque ; le jongleur total doit équilibrer à l’intérieur de lui une technique parfaite , un réalisme total appliqué à ses manipulations , mais aussi une dimension stellaire , plus abstraite , qu’il appartient à chacun de découvrir. L’équilibre entre le Ciel et la Terre , base des arts martiaux orientaux , est de mise dans la jonglerie. Telle est l’un des secrets jongleurs d’Enrico Rastelli , telle qu’une simple jonglerie du Verbe peut l’appréhender.

David Latini (1993, article paru dans Kaskade)

 

 

 

Annexe 3

Jonglerie du Verbe

Lettres brûlantes d’une jongleresse à Raymond Devos …

Par Madeleine Close

Comme je suis un brin farceur , j’ai écrit ces textes enflammés – et bourrés de références variées …-sous une identité féminine , un personnage d’un des sketches de l’Artiste , les ai transmis au Bourgmestre de Mouscron , ville natale – et belge- de Raymond Devos , qui les a lui-même transféré officiellement -j’ai copie de la lettre de la municipalité de Mouscron!- à Raymond Devos.

Hélas , son coeur était déjà pris….

Cher monsieur ,

Mon esprit enflammé pourrait-il vous déplaire ,

Mais puis-je ainsi toujours continuer à me taire ?

C’est qu’un ardent amour en moi pour vous me brûle

De plus on me décrit tétue comme une mule !

Pardon , Raymond , des lignes qui suivent ,

Pardon , sapiens sapiens homo

Ce sont des choses qui arrivent

Jongler l’objet , jongler le mot…

 

J’ai les yeux bleus , je suis jolie ,

Je jongle en rêve avec ta vie…

J’ai une tête qu’on dit de fleur

Je jongle aussi avec ton coeur ...

 

Mais qu’avais-tu , Superbe , idée de millionnaire ,

De faire subir au Verbe mille et une manières

Sous tes caresses exquises, tes jongleries expertes ,

Le sens te fend la bise et renonce à sa perte…

Mais qu’avais tu , Devos , préparé en ton sein

Quelle âme , quel carosse , guide si haut nos destins ?

Quel clown , quel paillasse , t’amène sans retenir

Aux farces , rieuses faces, aux choses qui font rire ?

 

Face au mystère , cette détresse

Phoebus de mes nuits étoilées

Je suis devenue jongleresse

Ange de mon propre poulailler…

 

Comme toi je tords un peu les mots ,

Je te retourne le compliment…

Et même si jamais ne ment-

Dans le dos, point de marmots- !

Mon amour, mon tourment

Cherche au pied de la lettre

(Pour épier de là l’être ?)

Sa Tour et son Serment…

Signé :Madeleine Close

 

Note de l’auteur : Après cette succinte poésie d’introduction , voici à proprement parler les « jongleries du Verbe », au nombre de 6. L’exercice consistait -pour l’auteur- à relier les données exprimées par le nom Devos, ses sketches marquants et l’architecture corticale universelle telle que décrite par Dominique Aubier dans son oeuvre ( voir La face cachée du Cerveau).

L’idée « créative » était donc de marier Dominique Aubier ( Mme Close… ) et Raymond Devos à travers ces textes d’une poésie parfois douteuse mais toujours précise. Précision : l’auteur est mythomane , au sens ou on peut être mélomane !

1 : Le pied de la lettre

Pour cette première exploration

Suffit d’ouvrir un dictionnaire

Et de copier en rédaction

Tous les Devos sont à Anvers !

Quatre Devos sans baratin

Deux Cornelius, Paul et Marten

Ont marqué les pages du Larousse

Est-ce ma faute s’ils peignent tous ?

D’Anvers la Guilde , l’un fut le maître

L’autre, fantaisiste , peint les enfants ,

Marten lui a signé en maître

Ce tableau au titre éloquent :

« Saint Paul piqué par une guêpe dans l’île de Mystilène »

Admirons, contemplons , ce titre phénomène…

Voilà avec Raymond une filiation certaine !

Une grande précision préside à ces jeux pieux

Le Dico nous dit tout, l’Histoire nous dit mieux,

Anvers c’est l’inversion , le Clown renverse le Roi

La peinture du Fou, c’est la peinture sur Soi !

2 : La valeur des choses

Il est vital en toutes choses,

D’user d’abord de son cerveau

Bon , me dis-je; ma p’tite Close

Combien qu’ça vaut un vrai Devos ?

La réponse est dans la question

Devos vaut deux simple inversion !

Retourner un mot sans façons

Pour le soumettre à la question.

Devos dans ses récits , un bon nombre de fois

se multiplie par deux, centaure , auteur-critique

C’est que l’inversion veut que chaque part symétrique

Se dédouble ou s’écrie : « y’a quelqu’un derrière moi! »

Est-cela qui le trouble…la pleine réalité ?

La nature nous dédouble, en toute vérité,

Un univers du dire, un univers du faire

Un côté qui aspire, un autre qui enterre.

Règle d’or du cerveau : deux parties en miroir

Un qui s’occupe des mots , l’autre de la mise en scène

Un qui dit , un qui fait , une inversion certaine

Entre ces deux moitiés , le Verbe sert à voir.

3 : La gravité en tête

Raymond est ce jongleur en tout point émérite

Oh ! La légion d’honneur, combien tu la mérites !

Qui créa

Houlala !

A ses frais personnels , fruit de sa clownerie

« La chute ascensionnelle » , hymne à la jonglerie.

Une boule lourdaude, de trois mètres chutant

Frappa , ah la maraude ! , son crâne déclenchant

la leçon magistrale du jongleur mécréant :

« Dieu qu’elle est verticale , la gravité d’antan ! »

Diablement bien visée , cette boule assassine,

Elle t’a précisé qu’en ton crâne se dessine

Du sens divin la clé : tu crées des galaxies

Homo Jonglus

Vieux sac à puces

Mais est-ce que tu connais celui qui t’as appris ?

Le sens est dans la tête , le Verbe en est l’essence

Et même si ça t’embêtes , ouvre ta tête au sens

Caché derrière les chose , quatrième dimension

Telle cette maison close où nous nous rencontrons.

4 : Matière à écrire

Dans ta matière à rire , tu regroupes trois livres

Un : « ça n’a pas de sens »

Deux : « Sens dessus dessous »

Trois : « Devos a plus d’un titre »

Et tous trois sans mentir , inversés s’invectivent :

Un : mais si ça a du sens !

Deux : la preuve il est dessous !

Trois : et même à plus d’un titre…

Deux voies,

En toi,

S’activent.

Voyeur impénitent , contemplant les natures

Jusqu’où donc vas tu quand tu traverses les murs ?

Guidé par le langage dont tu es spécialiste

Tu nous fais ce voyage dont parle ton pianiste :

Tes mots,

Si beaux ,

Guident haut.

5 : La perception possessive

Dieu sait qu’elle te possède , la perception sublime

Jonglant avec des lettres , elle te fait découvrir

Tous les secrets de l’être , aussi ceux qui font rire ,

Toutes ces voix obsèdent , éventail unanime…

T…Les angles de ta propriété

V… Je les ai si souvent rêvés

A… Une lettre par angle droit

Quoi ?

Ta maison est-elle en triangle

Pour que tu marques T.V.A.

Quelque chose manque , ne crois tu pas ?

Ca fait 3 lettres pour 4 angles !

Tu dis qu’elles sont cabalistiques

Ces soi-disant lettres magiques

Et justement c’est en hébreu

Qu’elles se racontent un peu mieux :

TAV : termine l’effet de cette langue drôle

TAV : au tarot c’est le Mat , un symbole

Errant de ville en ville , allant de lieues en lieux

Voyageur versatile , au chemin mystérieux:

La perception

Qui sans question,

De la vie sait

Le prix à payer.

6 : La tête voilée

Ton sens dessus-dessous , je le vois constamment

Tu le décris partout , zappeur impertinent ,

Le dévoilé te charme , c’est la vie qui se crée

Le voilé lui se pâme , dans la voie du sacré.

Ce que le sacré cache , un clown désigné

Sans vergogne l’arrache , et le livre inversé :

Est-ce une tête que tu brandis ,

Dans ton vent de la révolte ?

Alors tu cueilleras les fruits

Dans ton panier , bonne récolte…

Entre les deux royaumes, l’énergie est verbale

Dans le cerveau de l’homme , par la voie neuronale

Funambule du Verbe , tu danses entre deux mondes

D’où te viens cette verve , de quelle belle blonde ?

Je ne suis pas jalouse, allons !

Je sais où tous deux nous allons.

Bien au dedans des choses , dans l’univers du dire

Moi Madeleine Close , j’aime écouter ton rire !

Madeleine Close (1996)

@david latini 2012