« A chaque angle de ma propriété, des lettres cabalistiques: il y avait un T, un. V et un A …  »
Raymond Devos, Le Possédé du Percepteur

T. V .A. Trois lettres avec lesquelles Devos jongle, faisant preuve d’une virtuosité stupéfiante dans son sketch célèbre, Le Possédé du Percepteur. Il les transloque, les épèle dans tous les ordres, retombant sans cesse sur « le sens secret et fiscal de ces trois lettres … A. V. Avez-vous payé ? . .A. T. Hatez-vous de payer !« (1) et ainsi de suite. Superbe numéro de jonglage verbal. Devos, par ailleurs un excellent jongleur, amènera à la fin de ce présent livre la certitude définitive dont nous avons besoin afin d’étayer notre dire.

En effet, le problème que nous avons à résoudre n’est pas simple : comment définir un jongleur autrement que par les mots secs et distants du dictionnaire courant: personne qui lance des objets en l’air, les rattrape et les relance à nouveau ?
Autrement dit : quelle place à le jongleur dans l’architecture symbolique, sociale, métaphysique voire spirituelle de l’humanité ?
A supposer qu’il en ait une! Je ne sais si le grand public s’est aperçu qu’au cours des dix dernières années, les arts du cirque en général et le jonglage en particulier reprennent du poil de la bête. Mode ? Lubie nouvelle d’une société en quête d’artifices pour tromper son ennui ? Je ne le pense pas.
Il s’agit là d’un mouvement extrêmement significatif, et je tacherais de le démontrer tout au long de ce texte. li semble en effet qu’au travers du jonglage s’exprime une quête analogue à celle du Graal; comment expliquer autrement la vague croissante et frénétique de jongleurs de tous ages qui grossit, en cette fin d’un siècle troublé, levant les yeux vers… vers quoi au juste? Les secrets de l’Univers?
C’est ce que je vous invite à découvrir, au terme d’une courte mais patiente enquête qui passera, je le promet, par de curieux chemins de traverses et d’étranges analogies.
La seconde vue sera nécessaire pour saisir tout le sens, tout le sel de cette bizarre activité, lancer, rattraper, relancer… Pourquoi lancer tant d’objets en l’air tout en sachant pertinemment qu’ils vont bien finir par retomber ? Il y a là un mystère qui vaut bien qu’on s’y attarde, le temps d’un petit livre !
Moi, j’ai le sentiment que le jongleur espère en secret voir ses balles s’élever vers le ciel, toujours plus haut…

Chapitre 1 : TROIS DIMENSIONS PLUS UNE